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​DIGNE DE MENTION CONTENU

Hommage à notre ami et collègue Mario Turbide
 
Un collaborateur clé de la première heure de CISSSLIBREPAROLE, Mario Turbide, nous a quitté vers la fin juin, en choisissant en toute lucidité et sérénité de se prévaloir de l’aide médicale à mourir… Après deux décennies de résilience face à des problèmes de santé croissants qui l’ont laissé à bout de souffle, nous perdons un ami et une des personnes les plus engagée parmi toutes celles qui ont contribuées à ce site depuis le 1 mai 2015. 

Nous tenons à souligner que son engagement s’insérait dans un parcours de vie dédié à la liberté, qu’il a exercé jusqu’à la fin, et dans une implication hors du commun dans sa communauté d’adoption de Vaudreuil-Soulanges. Il y fut notamment président du comité promoteur et premier président du conseil d’administration du CLSC La Presqu’île au début des années ‘80. Ses liens avec le réseau socio-sanitaire québécois se sont prolongés sur plus de 40 ans, inilialement comme intervenant au CLSC Centre Ville à Montréal.

Véritable homme orchestre au cours de sa vie, son engagement politique et sa passion pour la justice sociale ont été constants dans toutes ses identités : notamment comme poète, cuisinier dans la marine, protestataire, ébéniste, organisateur communautaire, directeur d’un Carrefour Jeunesse Emploi, candidat aux élections pour le NPD puis pour le PQ… la liste est longue! 

Mario nous a subjugué par la sérénité de sa fin de vie.Croyant, il se  retrouvait dans la définition particulière de la foi, selon l’abbé Gravel, soit un mélange de doute et d’espérance: « Le doute est important dans la foi, disait Raymond Gravel. Dans une journée, on peut douter 23 heures 55 minutes ; puis avoir cinq minutes d’espérance. Ce n’est pas beaucoup, mais c’est suffisant pour croire. »

 
Voici d’ailleurs un extrait de ses écrits des derniers milles lu par sa fille Laurence à ses funérailles) :

«…quand je vais mourir, je sais que je ne verrai pas le film de ma vie. Je verrai des pointillés jaillir de nulle part, mais ce sera ma vie quand même. J’ai toujours voulu être original, ce sera sans doute ma dernière originalité. Par ici, messieurs dames, venez voir le pointillé de notre dernier mourant. Par ici, un sourire, par là une peine d’amour. Par ici quelques pleurs, par là de grandes joies comme peu en connaissent. J’aurai une dernière pensée pour les gens que j’aime et finalement, je partirai. Mon âme désertera ce corps qui fut le mien pour aller rejoindre ceux qui nous ont quittés. Vont-ils me reconnaître? Peu importe, nous reprendrons là où nous avions laissé. Il était une fois, en 1947, la naissance d’un petit homme qui s’appelait Mario Turbide. Et la boucle se referme sur mon histoire.»

 


Mario a pu et a su, jusqu’à la dernière minute, accomplir avec lucidité ce que Sénèque, un vieux philosophe d’avant l’ère des textos, décrivait comme  LE GRAND ART DE LA VIE… soit DE SAVOIR MOURIR! 


Fidélité à ses valeurs de solidarité, sociales-démocrates, coopératives, de partage, de  fierté québécoise et d’amour de la langue française
Fidélité à ses nombreux amis québécois et français– avec qui il avait tissé des liens dans le temps qui ont perduré
Fidélité à ses proches et à sa large famille 
Il nous a aussi été fidèle en alimentant le site CISSSlibre parole jusqu’à sa toute dernièresemaine en juin!


Sa résilience optimiste, dans l’adversité face à ses divers problèmes de santé,  était  une source d’inspiration ! 

 


Un extrait d’un poème de Fernand Dumont, ce grand intellectuel québécois, qui était alors lui-même au seuil de sa propre mort, nous semble bien traduire l’esprit qui l’habitait jusqu’à son dernier souffle…

«Quand viendra le temps de partir
Toute parole close
Quand il faudra s’en aller sans rien trahir
Quand il faudra remiser la plume avec le sablier
Replier mes solitudes avec mes amitiés
Ranger mes rêves dans l’armoire aux ténèbres
Ce jour là toutes mes nuits au bout des mains
Je fermerai les yeux de la mémoire
Tendu dans l’attente de la lumière
Transi de tenace espérance
L’âme enfouie dans ses feuillages
Ses heures résignées en un vaste songe
J’abandonnerai ma main consolée dans la tienne

''Ce sera le matin je pense''

Fernand Dumont

 

L’ÉQUIPE DE CISSS LIBREPAROLE