​CISSS libre parole

L’IMPERTINENT                                                                     MARS 2016

Oui, ce sont de vraies coupures!!!

Le Ministre Barrette, entiché de l’expression «c’est n’importe quoi!!!» pour dénigrer les personnes qui ne se rallient pas à ses thèses, devra faire face à la musique un jour. Car les écarts entre ses affirmations et la réalité vont devenir de plus en plus visibles : des impacts qui commencent tout juste à se manifester mais qui vont perdurer dans la prochaine année.

 Peut-on faire illusion toujours et tout le temps – et affirmer sur toutes les tribunes -que les diminutions de budget dans le réseau de la santé et des services sociaux ne touchent pas les services à la population?

 Voici trois exemples concrets :

 Les services d’aide à domicile à Montréal.

Les budgets alloués à l’aide à domicile sont en baisse dans les cinq Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’île de Montréal. Ils ont diminué de 9 % cette année par rapport à l’an dernier, ce qui représente une somme de 9 millions $.

Ainsi, les politiques décrétées par le ministre obligent maintenant les CIUSSS à référer, sauf exception, les demandes d’hygiène personnelle (bains et autres services connexes) aux entreprises d’économie sociale en aide-domestique (EESAD). Or, dans la région de Montréal en particulier, les EESAD ne sont pas en mesure de fournir ces services, car elles n’ont pas le personnel qualifié pour le faire, n’offrant pas des salaires compétitifs décents pour assurer cette tâche. Les EESAD proposent un taux horaire de 11 $ (à peine plus que le salaire minimum) alors que les auxiliaires familiales qualifiées des CIUSSS touchent une rémunération conséquente de plus de 18 $ l’heure pour la même responsabilité. De plus, les auxiliaires familiales des CIUSSS sont en contact direct avec l’équipe des autres intervenantes du soutien à domicile, ce qui permet un travail plus intégré. Enfin, les usagers doivent payer les services d’hygiène personnelle des EESAD alors que ceux des auxiliaires familiales des CIUSSS sont gratuits. Bref, le ministre veut faire faire un travail délicat, nécessitant doigté et professionnalisme, par une main-d’œuvre non qualifiée et sous-rémunérée. C’est une forme de privatisation et une exploitation d’une main-d’œuvre essentiellement féminine mais aussi une baisse globale des services accessibles gratuitement.

 Dans certains CISSS, les fournitures d’équipements de 100$ et moins, auparavant fournis sans frais à domicile aux patients qui le requièrent, seront dorénavant à la charge des patients. Si vous pouvez vous l’offrir!…

 L’accès aux services pour les personnes en perte d’autonomie dans la région de Laval et des Laurentides.

 Il y a dix ans, un rapport de l’AQDRLL (Association québécoise des retraités de Laval-Laurentides) dénonçait le sous-financement de Laval. À cette époque, les dépenses per capita de services pour les personnes âgées étaient de 1 965 $ à Laval contre 2 594 $ pour l’ensemble du Québec. Dix ans plus tard, les dépenses per capita ont diminué (eh oui…!)  et l’écart subsiste : 1 693 $ à Laval contre 2 219 $ pour l’ensemble du Québec. Les Laurentides sont d’ailleurs à l’avant-dernier rang des régions déficitaires en services de santé.

 « Le nombre de lits en CHSLD diminue, les listes d’attente allongent, des aînés sont stationnés en hôpital[1] ou dans des lits de transit, tandis que les CISSS rognent en catimini sur les services à domicile et entourent d’un voile opaque leur taux de réponses aux besoins. Nous demandons notamment aux CISSS de Laval et des Laurentides de nous éclairer là-dessus », souligne l’AQDRLL. Quelles sont les nouvelles coupures de service en soutien à domicile dans Laval et les Laurentides en 2015-2016? Il faudra scruter les états financiers lorsqu’ils seront à l’automne, mais parions sur une baisse de 5% et plus!

 Suite à l’immense réforme en cours, l’accès à géométrie variable aux services à domicile risque fort de s’accentuer, chaque région faisant ses choix sans enlignements ou principes communs.

 Les services d’intervention et de suivi en santé mentale et dépendances.

Dans ce type de programmes, les budgets sont concentrés très fortement dans les salaires versés aux intervenants professionnels. Voici, tiré d’un exemple réel, mais légèrement modifié pour cause de confidentialité, une illustration de la diminution des services. Suite à la répartition des compressions à effectuer dans ce CIUSSS/CISSS, la direction santé mentale/dépendances doit compresser son budget de 1 750 000 $. Inutile de croire que ce sont des crayons ou des gestionnaires qui seront coupés. Cela est déjà fait. En pratique, ce sont au minimum 18 postes d’intervenants qui vont disparaître de façon récurrente. Est-ce que ce sera un intervenant affecté aux ressources en santé mentale (FA, RNI)? Ou une équipe de suivi qui sera privé d’un travailleur social, d’une infirmière ou d’une ergothérapeute? Pas d’effet visible immédiat. Mais moins de services néanmoins! Et, qui sait, un scandale dans 24 mois parce que les résidences accueillant des personnes en santé mentale sont mal évaluées ou supervisées?

Oui, c’est n’importe quoi!!!

Quand on affirme couper dans les services administratifs en 2016 sans affecter les services offerts par ce réseau public!

 [1] Témoignage direct – au début février 2016, une personne de Laval occupait un lit de l’unité de chirurgie (unité dédiée à l’orthopédie au 3ième -) à l’hôpital Sacré-Cœur depuis près  de 60 jours, faute de place en RI suite à son opération...