​CISSS libre parole

L’IMPERTINENT                                                                                                                        NOVEMBRE 2016


L’impertinence des données! ....Ou le 13 comme numéro malchanceux?


Treize ans après l’élection d’un gouvernement qui promettait FORMELLEMENT d’abolir l’attente dans le réseau québécois de la santé et des services sociaux avec, comme ministre et nouveau venu en politique à l’époque un certain Phillipe Couillard, nous sommes étrangement confrontés à des attentes qui ont si peu ou pas bougées, dans les urgences notamment.


Mais aussi dans d’autres secteurs plus pointus : une amie s’est fait dire cette semaine que l’attente pour une opération mineure (hallux valgus) était de 5 ans dans son CIUSSS. De quoi réjouir les dispensateurs de ce service dans les cliniques privées : ils en chargent plus ou moins 1 800 $. Et il n’y a que l’attente normale de quelques semaines pour rencontre pré-chirurgie, investigation de votre état, et on passe à l’acte pour ce montant forfaitaire.


Et si les listes d’attente dans d’autres programmes n’existent plus dans certains établissements de santé ou qu’elles sont réduites considérablement, c’est trop beau pour être vrai, dénoncent de plus en plus d’intervenants. Des employés des départements de santé mentale des régions de Montréal et des Laurentides accusent leurs gestionnaires de tricher pour éliminer, sur papier, les délais subis par les patients en attente de soins. Depuis l’abolition des agences de santé au printemps 2015, il semble que la pression à la performance pousserait certains administrateurs à recourir à « certaines manoeuvres » qui ne traduisent pas la réalité sur le terrain. Mais qui visent à assurer leur survie ou celle de leurs supérieurs…


"C'est une grande tromperie, ce qui se passe actuellement. Les chiffres ne traduisent pas ce que la population reçoit comme service. Dans le fond, c'est de la manipulation de chiffres, renchérit Stephen Léger de l’APTS. Au fond, ces listes d'attente là sont transférées. On fait de la créativité statistique avec les chiffres.»


Et que dire de l’attente dans le système de justice québécois? Qui voit de plus en plus souvent des accusés libérés pour délais indus dans la tenue des procès. Se console-t-on en se comparant?


Malgré ce cauchemar de l’attente, rêvons à un meilleur avenir!


L’Université de Montréal vient de recevoir une subvention record de 93 Millions du Fonds Apogée Canada. Le projet retenu, IVADO (Institut de la valorisation des données), propose une stratégie transformatrice de grande envergure qui fera exploser l’utilisation de l’intelligence artificielle et des méga données. Rien de moins!


Mais ce ne sera pas pour demain dans le réseau québécois de la santé et des services sociaux – qui manque de plus en plus d’intelligence avec ses données, dont celles sur l’attente. Faute de transparence et aussi de vision. L’exemple le plus patent : la RAMQ - qui ne s’est pas distinguée par sa pro-activité pour faire évoluer, durant les 13 dernières années, un cadre règlementaire archaïque quant à l’utilisation des données pour améliorer la performance du système de soins et de services :


- Impossible pour le Collège des médecins d’obtenir, lors d’enquêtes, des données sur les prescriptions exorbitantes de prescriptions

d’opiacés 

-Impossible de colliger et d’analyser des données croisées sur les listes d’attente dans certaines problématiques et les coûts générés ailleurs dans le système


- Quasi-secret sur les données d’inscriptions des nouveaux patients auprès de médecins de famille versus le suivi effectif et l’accès à ce médecin par la suite : la notion de prise en charge est une donnée confidentielle!


Qui a dit que «les chiffres ne mentent pas»?