​CISSS libre parole


Avril 2018

​La cadre à Barrette tire sa révérence!

Déjà 3 ans que les CISSS et CIUSSS sont créés, envie de célébrer? Pas pantoute!!!  On dirait plutôt un deuil qui n’en finit plus, un deuil qui s’alourdi chaque semaine, chaque mois et chaque année.  La perte de sens est sans cesse grandissante.  Pour moi qui n’œuvre pas dans le contexte hospitalier, la prédiction se réalise : c’est l’hôpital, voir les médecins du gouvernement, qui nous gèrent.  Les processus cliniques se transforment en prescriptions dictées par des dirigeants qui ne connaissent pas la clientèle et la nécessité d’adapter le soutien selon leurs particularités.  Peu importe les secteurs d’activités, trop de gestionnaires et de travailleurs en arrachent, parlez-en aux employés des ressources humaines.  Ils sont faciles à reconnaître, ils sont les plus verdâtres du groupe.   

Quant à ceux qui se consacrent auprès des clientèles à caractère psychosocial ou de réadaptation, la pression est accrue. Au-delà des défis liés à la méconnaissance de la clientèle on nous demande le «risque zéro»!!! Avec une clientèle qui doit expérimenter de nouveaux contextes de vie, faire des apprentissages liés à leur autonomie ou encore vivre avec des troubles de comportement, fort importants, une part de risque est toujours présente, malgré toute la prévention que les équipes cliniques peuvent faire.  Après 3 ans, nous abdiquons, plus souvent ou trop souvent..,  à défendre le bien fondé de nos demandes, sachant que les batailles ne mènent à rien d’autres que des frustrations et la désillusion. 

La dernière année a été encore plus sombre car l’impact ne cesse de s’accroître auprès des intervenants.  La majorité n’osera pas sortir dans les médias pour crier leur détresse.  Ils se confient à leurs collègues, leur syndicat et aussi à leurs gestionnaires qui eux-mêmes sont en quête de sens.  Ces rencontres avec nos employés nous laissent souvent un goût amer car les moyens pour corriger la situation ne sont pas à notre portée, ne sont même pas accessibles aux dirigeants de notre organisation.  Ceux qui ont quitté le réseau nous confient dans les coulisses de leur retraite  l’avoir fait car ils n’avaient plus les moyens de faire la différence… perte de sens!... 

Moi l’optimiste de service, j’en prends pour mon rhume!  Au terme de ces 3 années, mon seul prix de consolation demeure les liens tissés avec mes nouveaux collègues.  La relation de confiance établie nous permet de nous partager nos bons coups et nos malheurs.  Disons que l’une des catégories est plus importante que l’autre.  Le sentiment de fierté ne dure jamais très longtemps, la reconnaissance est quasi absente, c’est donc entre collègues et auprès de nos équipes que nous nous solidarisons. 

Si je regarde vers l’avenir, 2019 m’effraie beaucoup!!! Plusieurs de mes précieux collaborateurs auront droit à leur retraite… ; aucun ne prolongera son temps dans les murs d’un CISSS ou d’un CIUSSS.  Moi, j’ai pigé le mauvais numéro d’année de naissance.  Les nouvelles règles du régime de retraite prolongent ma peine d’une année.  Moi qui voilà 3 ans ne pensais jamais à la retraite, aujourd’hui j’en rêve quotidiennement et encore plus les dimanches soirs.  Tous les jours, je cogite sur les façons de «me pousser» du réseau pour ne pas y laisser ma peau.  Mais quand il ne reste même pas 5 ans pour se réinventer professionnellement, l’horizon me semble bien limité, voir sans issue, surtout les lundis matins.   

La cadre à Barrette vous remercie d’avoir pris le temps de lire sa dernière chronique.  Je tire ma révérence de CISSS LIBRE PAROLE car, quand rien n’a plus de sens, l’écrire n’a rien de bénéfique pour moi.  Je m’en vais de ce pas,  mettre à jour mon CV, m’acheter un billet de loto et écrire mon «One-woman-show».  Qui sait, on se recroisera peut-être un jour! ​