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LA CIUSSIENNE – CHRONIQUEUSE INVITÉE                                                                                                                              NOVEMBRE 2016

                                                                 
Remise en question ou le mur qui arrive trop vite…

J’ai hésité longuement avant de coucher par écrit mes sentiments. Mais prendre conscience est une première petite victoire.

Je ne ferai pas d’historique de tous les dégâts subis par le réseau mais surtout par les clients depuis la réforme découlant du projet de loi 10. Citons en quelques-uns quand même question de se défouler : déplacement de ressources vers les GMF sans remplacement (et oui, on détruit les CLSC), temps d’attente camouflé, pression de performance sur les gestionnaires et les équipes, coupures de poste cliniques (et oui, des vrais coupures, des vrais postes mais ça n’affecte pas les services bien sûr!) et surcharge de travail pour tous. Bon, mon premier sentiment est facile à dépister, il s’agit de la colère. Je vois rouge et je suis outrée du top down irrespectueux tant pour les employés, les gestionnaires que les clients.

Autre sentiment qui s’ajoute : la révolte. Mais pourquoi personne ne dit rien ou ne fait rien! Aucune manifestation publique. Personne ne contredit nos dirigeants dans les journaux qui bernent la population sur des compressions monstres mais qui ne toucheraient pas aux services! Aucun cadre intermédiaire ne s’objecte lors des réunions de direction. Mais pourquoi donc?

J’ai volontairement choisi de faire un peu d’oubli par la suite, question de mijoter toutes ces émotions. Tout ça pour me regarder dans le miroir et me questionner sur : pourquoi toi tu ne dis rien? Ouch là ça fait mal… Effectivement, moi qui me considère comme une gestionnaire courageuse et authentique. Pourquoi ne suis-je pas montée au barricade? Pourquoi est-ce que je ne confronte pas ma direction? Pourquoi est-ce que je tente de donner du sens à des décisions qui n’en ont pas! Je me suis rendue compte de la profonde tristesse qui m’habitait et du manque de motivation que je ressentais. Puis. j’ai pris conscience de la petite graine qui me bâillonne : la peur. Re-ouch! Moi peur. Et oui, j’ai peur… Peur de parler, peur de dénoncer, peur parce qu’il n’y a pas de place à la discussion et encore moins à la dissidence. On veut me transformer en technocrate. Comment y résister? Et là, ce fut la honte qui m’habita.

Les enjeux sont grands. J’ai toujours cru au système public et ai voulu en faire partie. Je crois formellement en notre raison d’être qui n’est pas de faire du profit mais de «maintenir et d’améliorer la capacité physique, psychique et sociale des personnes d’agir dans leur milieu et d’accomplir les rôles qu’elles entendent assumer d’une manière acceptable pour elles-mêmes et pour les groupes dont elles font partie» dixit la LSSS.

J’en suis venue à me mettre au pied du mur : soit j’ai le courage de parler et de dénoncer. Ce qui signifiera sûrement assumer des conséquences désagréables mais au moins pouvoir me regarder dans le miroir le soir. Soit je dois quitter, ne pouvant plus continuer de participer à cette grande mascarade.