​CISSS libre parole

Gertrude  -  L'invitée du mois d'octobre 2016

                                                                     D’une Agence au CISSS/CIUSSS : un voyage sans fin?

Voilà 17 mois que la réforme du réseau s’est amorcée. Au fil du temps, différents échos nous ont laissés voir le déséquilibre dans lequel il était plongé. Si de l’information a filtré sur plusieurs thèmes, nous n’avons pas entendu parler de la tourmente dans laquelle certaines catégories de salariés, les employés des défuntes Agences notamment, ont été plongés. Je suis de ce nombre.

En avril 2015, on nous assurait que nous allions intégrer des CISSS/CIUSSS et en devenir les employés. J’y voyais une foule d’opportunités. En pleine structuration organisationnelle, la plupart des établissements ont eu du mal à respecter l’échéancier prévu pour notre intégration. Certains ont pris quelques semaines pour bien faire les choses; d’autres ont choisi de considérer ces employés dans une classe à part, comme des intrus. Ce n’était que le début des hostilités dirigées vers ces indésirables que nous sommes.

Je suis arrivée, au jour 1, remplie d’un idéal. Mon bagage professionnel, appréciable, me permettait de croire que je serais rapidement mise à contribution. J’ai une formation universitaire supérieure à la moyenne, des expériences de travail diversifiées dans le réseau, dont plusieurs dans les services directs à la population. Par la suite, les quelques années passées à l’Agence m’ont permis d’acquérir une vision globale de l’organisation des services et de bien connaitre les rouages du MSSS. Bref, me suis-je dit, j’avais tout ce qu’il fallait pour être utile… Erreur! Le message était clair, nous n’étions pas des leurs. Nous voilà donc sur une voie d’évitement. Certains ont repris la route, obtenant un poste après plusieurs mois, mais d’autres, comme moi sommes toujours en transit.

Depuis 17 mois, j’ai eu de longs moments durant lesquels je devais tuer le temps. Il a fallu que je me rende à l’évidence : j’étais tablettée… Je n’ai d’abord pas compris. On m’avait oublié? Comment peut-on oublier une salariée expérimentée et engagée ? Et puis, non, après de multiples demandes, j’ai bien réalisé que l’on ne cherchait pas à m’occuper… Je devais me contenter de la paie. Oh… il y a bien eu quelques tentatives, dont celle de me confier, à temps complet bien sûr, des tâches pour lesquelles on demande un secondaire V.

J’ai aussi eu des mandats relevant de mes compétences, mais ils ont été temporaires, avec des interruptions abruptes dès que d’autres professionnels étaient nommés et prenaient le relais. J’aurai donc travaillé pour rien et ils auront à refaire ce que j’ai fait. On me dit, avec condescendance, qu’on ne peut me donner des mandats encore longtemps. Évidemment, la seule obligation qu’ils ont est de me payer ….

Je suis isolée, sans équipe, je n’ai pas de supérieur, pas de rencontre statutaire durant lesquels tout professionnel fait le point et voit à de l’avancement de ses dossiers. Lorsqu’on passe me voir à mon bureau, on m’incite à aller travailler ailleurs[1]. Oui, je peux quitter cet employeur ou postuler à un emploi qui me ramènerait à ce que je faisais en sortant de l’université. Je ne me résigne pas à partir en claquant la porte, comme les amis me le suggèrent… Je dois d’abord trouver ce charmant prince qui me fera vivre! D’ici là, j’aspire encore à progresser dans ma carrière, en me dépassant, non pas en retournant en arrière.

Je ne suis pas seule dans cette situation ici, mais je me demande : est-ce qu’une situation similaire prévaut dans plusieurs CISSS/CIUSSS ou si notre situation est anecdotique? Vous en connaissez beaucoup de travailleurs du réseau qui n’aspirent qu’à … travailler? Qu’est-ce qui peut justifier que l’on croit pertinent, productif de traiter ainsi son personnel? Croyez-vous que cette situation me permet d’être performante?

Pendant ce temps, à côté de moi, les collègues s’affairent. Les gestionnaires sont débordés, vont à droite puis à gauche, de réunion en réunion, puis voilà une crise...

Est-ce ainsi que va se construire notre nouveau réseau? Mais ça, c’est un autre sujet…

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[1] Le vaste territoire des établissements implique, vous l’aurez compris, une relocalisation majeure – un déménagement souvent - pour changer d’employeur.