​CISSS libre parole

Un conducteur de charrette du début du 20ième siècle pour conduire une  Mercédès de formule 1  du  21ième siècle. 

Voilà l’image qu’inspire la gouvernance du système de santé et de services sociaux sous l’emprise du Cr. Barrette. Que ce soit le «trop plein» des infirmières, celui des gestionnaires de premier niveau qui sont près du terrain, mais aussi de plusieurs autres dans des rôles plus stratégiques, que ce soit les indices de listes d’attente en hausse, ou de dysfonctionnements nouveaux, 

bref reconnaissons que tout ne va pas pour le mieux.  

Après avoir mis le cheval au régime sévère, pour le rendre plus fringant, le cocher s’est mis à le fouetter pour aller plus vite. Et de plus en plus. L’homme n’est-il pas le maître absolu de sa monture? Le cheval ne veut plus avancer; il est si épuisé qu’il refuse même de boire!… Fouettons le simplement avec plus de détermination. Et, au final, le cocher désemparé ne comprend pas! 

Pourtant, c’est une Mercédès de course hypersophistiquée qu’il conduit, cet ineffable et si peu affable (sauf lors d’une brève métamorphose ponctuelle de quelques mois par cycle électoral) Dr. Barrette: il faut toute une équipe – et un travail d’équipe -  pour la bichonner, la calibrer, questionner non seulement les mécaniciens, les informaticiens mais aussi les concepteurs et les manufacturiers de chacune des pièces, écouter le son du moteur, communiquer constamment avec de multiples joueurs, délibérer, faire des essais en piste, réessayer avec une nouvelle configuration. 

Le ministre Barrette a coupé les ponts avec tous ses interlocuteurs, s’exprimant seulement dans le cadre parlementaire ou médiatique : un étonnant mot des Fêtes en décembre 2017 -  année électorale oblige! – adressé au personnel du réseau, après avoir omis toute communication interactive ou délibérative  durant 3 ans avec «son» réseau.  

Et après avoir tué tous les canaris dans la mine! Associations d’établissements, commissaire à la santé et au bien-être, dirigeants d’instances qui ne peuvent plus parler en public, multiples délais dans les accès à des données évolutives du réseau qui ne concordent pas avec sa vision, ou absence de données, contrôles des nominations des CA et de tous les PDG et PDGA, etc.  

Le ministre n’a plus l’heure juste : et plusieurs n’osent plus la lui donner. De peur d’offusquer le Prince ou d`être limogé. Le ministre a donc une vision tronquée de certaines réalités du réseau et de l’impact cumulatif de ses décisions. 

Les dictateurs, c’est connu de Staline à Castro, ont allègrement éliminés ceux de leur garde rapprochée qui leur fournissaient des données critiques sur leurs réalisations. Les autocrates, dans un monde plus évolué, ont simplement à faire planer la menace de représailles pour obtenir les données qu’ils souhaitent, quitte à susciter du laxisme quant à l’intégrité éthique

des ajustements dans les donnéespour bien paraître.  

L’énoncé du problème du ministre Barrette avait été très clair dès son entrée en fonction : c’est un problème d’obéissance. «Faites ce que je dis et ce que je dicte et tout ira très bien». Ne reste qu’à tuer le vieux cheval et s’en acheter un jeune pour

le mettre à sa main dès le départ.  

Mais ce sera toujours un cheval, alors que d’autres sociétés roulent déjà en auto, certaines plus sophistiquées que d’autres. Avec des conducteurs qui travaillent vraiment en équipe avec de multiples acteurs, qui se sont dotés de tableaux de bord et de jauges interactives, consultables en temps réel, pour ajuster la vitesse, contrôler le freinage, etc. 

Quand les ajustements à faire (ou à découvrir!) par les acteurs concernés dépendent de données accessibles seulement via des demandes répétées à la Commission d’accès à l’information, convenons que nous sommes en charrette à cheval! Le conducteur de charrette peut prendre son temps pour réagir;  mais nous serons hors piste – et pas à peu près - si nous roulons

encore  4 ou 5 ans de plus avec un tel attirail. 

 

L’IMPERTINENT            1 avril 2018 ​​